L'Europe ''trahie'' par la France — Crise diplomatique Turquie/UE

15 Mars, 2017, 20:55 | Auteur: Edgar Lajoie
  • Turkey's President Recep Tayyip Erdogan arrives for a press conference following his meeting with Russian counterpart at the Kremlin in Moscow

Cinq questions pour comprendre cette guerre diplomatique.

Que font les ministres turcs en Europe?

Recep Tayyip Erdogan est apparu lundi à la télévision turque en brandissant la Une du Blick, qui lance un appel en turc et en allemand aux Turcs de Suisse pour leur demander de voter non au référendum pour renforcer les pouvoirs du président. Faisant référence à cette situation, Erdogan a réitéré sa comparaison avec l'Allemagne nazie.

M. Erdogan a laissé entendre que la Turquie riposterait à la décision du gouvernement néerlandais en interdisant aux responsables néerlandais d'atterrir sur son territoire, mais n'empêcherait pas "les visites de citoyens" néerlandais.

Pourquoi la crise a-t-elle commencé en Allemagne? L'Allemagne compte la plus importante communauté turque au monde hors de Turquie, avec 1,4 million de personnes. Début mars, l'interdiction faite à plusieurs ministres turcs de faire campagne auprès de la diaspora pour le oui au référendum du 16 avril sur l'augmentation des pouvoirs du président Erdogan met le feu aux poudres.

Mais en parallèle, Berlin a dit craindre qu'Ankara exporte les conflits politiques entre Turcs et Kurdes mais aussi entre pro et anti-Erdogan.

La tension est finalement retombée après que la Turquie eut fourni une liste des meetings prévus jusqu'au vote du 16 avril. C'est complètement inacceptable. Celui qui fait cela prend ses distances avec l'Europe et n'essaye pas d'entrer dans l'Union européenne. "Nous connaissons les Pays-Bas et les Néerlandais par le massacre de Srebrenica". Une fermeté qui s'explique en partie par la campagne très tendue aux Pays-Bas en vue des élections législatives de demain, avec une extrême droite en bonne position dans les sondages. Ce week-end, le gouvernement néerlandais a fait expulser la ministre turque de la Famille puis a empêché la visite du chef de la diplomatie turque. Des affrontements entre policiers et manifestants pro-Erdogan éclatent.

Le vice-Premier ministre néerlandais Lodewijk Asscher assure qu'une "ligne rouge" a été tracée et dénonce les "intimidations" visant la population d'origine turque au même titre que les opposants politiques à Erdogan en Turquie depuis la tentative de putsch.

La Haye est un partenaire commercial et un investisseur clé pour la Turquie. Les deux candidats à la présidentielle ont indiqué que la France aurait dû interdire ces rassemblements. Et c'est finalement à Metz, en France, que s'est tenu dimanche le meeting de Mevlut Cavusoglu, suscitant au passage une polémique.

Lire aussi: Ministre refoulé. Seule la France a autorisé dimanche le ministre des Affaires étrangères turc à participer à un meeting de campagne.

Face à ce nouveau manque d'unité de la part des dirigeants européens, le directeur adjoint de l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) Didier Billion, interrogé par RFI, constate que les Européens sont une nouvelle fois mis "face à leur propres contradictions (...)". "Aujourd'hui, c'est le bal des hypocrites". On prétend que les négociations d'adhésion [de la Turquie à l'UE] existent encore, mais c'est faux.

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