Le "oui" l'emporte, l'opposition conteste — Référendum en Turquie

17 Avril, 2017, 20:14 | Auteur: Ludovic Moineau
  • 55 millions d’électeurs doivent se prononcer par référendum ce dimanche en Turquie sur une réforme radicale de la Constitution

Cette mesure bouleverserait le système de gouvernance de la Turquie, membre important de l'Otan et partenaire de l'Union européenne.

Dans un communiqué commun, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission et Federica Mogherini, la cheffe de la diplomatie européenne demandent à Recep Tayyip Erdogan de rechercher le " consensus le plus large possible", au vu du " résultat serré du référendum et des implications profondes des amendements constitutionnels ". Toutefois, selon les chiffres de l'agence de presse progouvernementale Anadolu mis à jour dans la nuit de dimanche à lundi, il n'aurait obtenu que 51,41% des suffrages dimanche, après dépouillement des bulletins dans 99,97% des urnes. 55,3 millions de Turcs étaient appelés à dire oui ou non à cette révision constitutionnelle.

Dans un discours télévisé, Recep Tayyip Erdogan a salué une " décision historique " du peuple turc. Ils fustigent une mesure annoncée à la dernière minute par le Haut Conseil électoral considérant comme valides les bulletins ne comportant pas le tampon officiel du bureau de vote dans lequel ils ont été glissés dans l'urne. Dénonçant cette décision, le leader du CHP (social-démocrate), Kemal Kiliçdaroglu, a déclaré que les autorités avaient " rendu sujet à débat la légitimité du référendum", et " jeté une ombre sur la décision de la nation ".

Le président turc s'est proclamé victorieux, hier soir, au référendum sur le renforcement de ses pouvoirs que les résultats provisoires lui accordent de justesse. Le chef de l'Etat turc, dont le cortège s'est ensuite dirigé vers le palais présidentiel sous les vivats de supporters massés le long des routes, n'a pas répondu aux accusations des deux principaux partis de l'opposition qui dénoncent des irrégularités pendant le référendum.

Selon le président turc, la réforme constitutionnelle est nécessaire pour doter la Turquie d'un exécutif fort et stable, et lui permettre de faire face à d'importants défis économiques et sécuritaires. Une volonté divine: pour Recep Tayyip Erdogan cela signifiera désormais aucun contre-pouvoir puisque le président pourra désormais gouverner par décrets, décider seul du budget, déclarer l'état d'urgence, abolir le Parlement, nommer les hauts fonctionnaires, le ou les vice-présidents (s) et les juges et ce, tout en restant à la tête du Parti de la justice et du développement, l'AKP islamiste.

L'opposition et les ONG ont déploré une campagne inéquitable, avec une nette prédominance du oui dans les rues et les médias.

Quelque 47 000 personnes ont été arrêtées et plus de 100 000 limogées ou suspendues de leurs fonctions.

Les partisans de ces réformes prétendent qu'elles feront régner la stabilité et la prospérité, alors que la Turquie est toujours secouée par le putsch raté de l'an dernier et par une série d'attaques perpétrées par les rebelles kurdes et Daech (le groupe armé État islamique).

Le parti prokurde HDP a ainsi dû faire campagne avec ses deux coprésidents et nombre de ses élus en prison, accusés de liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Une chose est sûre, ces résultats référendaires auront d'énormes répercussions sur la vie politique de la Turquie et ses relations sur la scène internationale.

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