Vague de critiques envers Erdogan — Référendum en Turquie

20 Avril, 2017, 21:33 | Auteur: Stephane Girardot
  • Le président turc Recep Tayyip Erdogan pose avec sa femme Emine Erdogan devant des partisans le 16 avril 2017 à Istanbul

Le " oui " a obtenu 51,3% des suffrages (résultats non définitifs), ce qui laisse la voie libre au président turc pour élargir ses pouvoirs de manière considérable et de contrôler les trois pouvoirs, exécutif, législatif et judiciaire.

"C'est la première fois, aussi loin que je m'en souvienne, que la légitimité d'un scrutin et l'équité d'une procédure ont été examinées d'aussi près en Turquie", estime M. Hakura. "Istanbul, ville d'ordinaire acquise au Parti de la justice et du développement (AKP), a effectivement dédit son ancien maire".

Le Parlement, en revanche, perdra le pouvoir d'examiner le travail des ministres et disposera de pouvoirs limités pour enquêter sur le président ou, encore, pour le destituer.

Il est également probable que le chef d'Etat réintégré le parti au pouvoir fin avril, mettant en oeuvre l'une des principales dispositions du référendum qu'il a remporté.

Barack Obama avait d'abord considéré M. Erdogan comme un modèle pour une nouvelle génération de dirigeants musulmans et s'était rendu en Turquie au début de sa première année en poste.

La Turquie reste un partenaire privilégié des Etats-Unis et particulièrement de Donald Trump, qui a installé deux Trump Towers à Istanbul.

"Le référendum de dimanche en Turquie n'était pas aux normes édictées par le Conseil de l'Europe". L'opposition allègue ainsi que 3 millions de bulletins seraient frauduleux, précisent Les Echos. Le taux de participation s'est établi à 85%, selon le Haut Conseil électoral (YSK).

Du côté européen, les réactions aux résultats du référendum sont restées froides. "Nous prenons note des résultats du référendum", indiquent ainsi sobrement dans un communiqué commun le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, la chef de la diplomatie, Federica Mogherini, et le commissaire chargé des négociations sur l'Elargissement, Johannes Hahn [RFI]. La Commission souligne également que les résultats sont très serrés. Signe qu'il n'espère plus grand chose des institutions turques. Le ton a été ferme à l'égard de Bruxelles. La peine capitale a été abolie en 2004 en Turquie dans le cadre de la candidature d'Ankara à l'entrée dans l'Union européenne.

La campagne a été marquée par un discours très virulent de M. Erdogan à l'encontre des opposants au texte, sans cesse assimilés à des "terroristes", mais aussi contre l'Europe, dont il a dénoncé les "pratiques nazies" après la décision de certains pays d'interdire des meetings en sa faveur sur leur sol. Dimanche soir, Recep Tayyip Erdogan avait déjà évoqué une consultation populaire sur le rétablissement de la peine de mort. Une ligne rouge pour Bruxelles, qui exclurait de fait toute candidature d'adhésion de la Turquie. Cette réforme représente le plus important bouleversement du système de gouvernance turc depuis la fondation de la République en 1923, par Mustafa Kemal dit Atatürk.

Si le président turc avait salué ces frappes américaines contre le régime syrien, il les avaient qualifiées d'insuffisantes: "Je salue cette mesure concrète et positive".

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