La filière jihadiste de Cannes-Torcy devant ses juges

21 Avril, 2017, 01:55 | Auteur: Edgar Lajoie
  • PROCÈS D'UNE CELLULE DJIHADISTE ANNONCIATRICE DE 2015

Attentat contre une épicerie casher en 2012, projets d'attaques contre des militaires et départs en Syrie: le procès de vingt hommes, suspectés d'appartenir à la filière djihadiste dite de "Cannes-Torcy", s'est ouvert jeudi devant les assises de Paris. Une filière ancrée en France, radicalisée à l'ancienne, entre copains ou à la mosquée, une génération d'avant internet qui a construit son jihad comme une révolte, pas encore téléguidé depuis l'étranger. "C'est une opportunité unique de prendre le temps, pendant deux mois, de disséquer et décrypter toute la mécanique qui conduit à la constitution d'une cellule terroriste", a déclaré à Reuters le secrétaire général de la Fédération des victimes d'attentats et d'accidents collectifs, une des 15 parties civiles.

Pour Joseph Breham, avocat d'un accusé, "ce n'est pas du tout un réseau, c'est une bande de potes, une bande de vieilles connaissances dont certains ont déconné". Le vrai meneur, Jérémie Louis-Sidney, qui avait "la haine des juifs" et "pensait que le combat de Mohamed Merah était légitime", selon un de ses camardes, a été abattu en 2012 lors son interpellation. D'autres sont concentrés, les traits tirés. Les peines encourues sont très lourdes, allant de 30 ans d'emprisonnement à la réclusion à perpétuité.

Le 19 septembre 2012, deux hommes avaient attaqué avec "une grenade de faible puissance" une supérette casher de Sarcelles (Vald'Oise) faisant un blessé léger.

Une empreinte sur la cuillère de la grenade permet de remonter à Louis-Sidney. Cinquante-cinq jours d'audience sont prévus pour comprendre la genèse et le fonctionnement de ce groupe Radicalisés à l'ancienne Les accusés sont amis d'enfance ou ont fréquenté les mêmes mosquées de la Riviera française et de la région parisienne, fédérés autour de Jérémie Louis-Sidney, un délinquant aussi charismatique que "fanatique", selon ses proches.

A Torcy, dans un box au nom de Bailly, sont découverts un arsenal et tout le nécessaire pour fabriquer un engin explosif. Ce dernier reconnaîtra devant le juge que cela devait servir à "fabriquer une bombe " pour "la poser chez des militaires ou des sionistes ".

Le 6 octobre 2012, un premier coup de filet est lancé pour arrêter une vingtaine de membres présumés du groupe simultanément à Torcy, dans l'agglomération cannoise et à Strasbourg où Jérémie Louis-Sidney, en visite chez sa compagne, est tué en résistant aux policiers.

"Ce procès est emblématique parce qu'il va apporter les signes anoniateurs qui vont conduire aux attentats de 2015 sur les modes opératoires, sur les conversions, sur les phénomènes de radicalisation en prison, sur la mise en place d'une des premières filières avec la Syrie".

Certains "Cannois" du groupe, dont le Tunisien Maher Oujani, sont arrêtés début juin 2013 alors qu'ils envisagent une attaque imminente contre une caserne près de Draguignan (Var), tandis que d'autres de retour de Syrie en 2014, comme Ibrahim Boudina, sont soupçonnés d'avoir voulu commettre un attentat de masse sur la Côte d'Azur.

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