Pari perdu pour Theresa May — Législatives britanniques

19 Juin, 2017, 22:32 | Auteur: Edgar Lajoie
  • Élections en Grande-Bretagne : Theresa May perd sa majorité absolue, selon les premières projections

Un résultat choc qui plonge le pays dans l'incertitude peu avant l'ouverture des négociations du Brexit.

Avec 318 députés, le Parti conservateur est arrivé en tête du scrutin, mais a perdu douze sièges, tandis que l'opposition travailliste dispose de 262 députés (+30), selon les résultats définitifs publiés vendredi après la défaite des conservateurs dans leur bastion de Kensington, ultime affront porté à Theresa May.

Les ministres des Finances Philip Hammond, des Affaires étrangères Boris Johnson, en charge du Brexit, David Davis ainsi que la ministre de l'Intérieur Amber Rudd et son collègue de la Défense Michael Fallon ont été reconduits dans leurs fonctions a indiqué Downing Street dans un communiqué, précisant que d'autres nominations seraient annoncées dans la soirée. En milieu de journée, elle s'était rendue au palais de Buckingham pour obtenir le feu vert d'Elizabeth II, au lendemain des législatives.

C'est raté, le parti conservateur a perdu sa majorité absolue. Cela alors qu'elle avait convoqué ces législatives anticipées afin d'avoir une majorité renforcée pour négocier la sortie de l'UE.

Largement réélu dans sa circonscription d'Islington (nord de Londres), Jeremy Corbyn a estimé que sa campagne électorale "positive" avait "changé la politique, pour le meilleur", et appelé Thersea May à la démission.

Le négociateur en chef de l'UE sur le Brexit, Michel Barnier, a assuré que Bruxelles attendrait que le Royaume-Uni soit "prêt" avant d'entamer les négociations.

"Si elle avait une once d'amour-propre, elle démissionnerait", a renchéri Tim Farron, le chef des Libéraux-Démocrates.

Les Tories décrochent 314 sièges, contre 330 dans l'assemblée sortante, tandis que les travaillistes de Jeremy Corbyn gagnent 37 sièges à 266 mandats, selon une estimation Ipsos/MORI à la fermeture des bureaux de vote. Son leader Paul Nuttal en a tiré les conclusions en annonçant sa démission. La Bourse de Londres était quant à elle en hausse, de 0,65% ce matin, les grandes multinationales cotées sur ce marché profitant de l'affaiblissement de la monnaie britannique.

La Première ministre a reçu un appel du président français Emmanuel Macron, qui l'a félicitée, et l'a invitée "à une visite en France à la première opportunité". Le calendrier imposé par les traités "ne nous permet pas de perdre du temps", a insisté le président du Conseil européen Donald Tusk dans une "lettre de félicitations" à Mme May, qualifiant ces discussions de "tâche urgente". Si les résultats sont encore provisoires, ils donnent tout de même une idée du paysage politique en train de se former en Grande-Bretagne.

Pierre Moscovici a estimé par ailleurs qu'il n'y avait pas de risque de "Grexit".

Pour son homologue allemand, Günther Oettinger, Londres est désormais un partenaire " faible " et " mauvais " pour négocier leBrexit.

"Il semble qu'il va y avoir de l'instabilité et qu'il sera plus difficile pour le gouvernement britannique de négocier le Brexit avec une position ferme", relève Tony Travers, de la London School of Economics (LSE).

Arguant d'un besoin de "stabilité" face à l'urgence du Brexit, Mme May a elle-même refusé de démissionner, assurant vendredi qu'elle formerait un nouveau gouvernement qui "mènera à bien la sortie de l'Union européenne". Un échec qui met un frein à leurs velléités d'émancipation. À Paris? Le Premier ministre Edouard Philippe a jugé pour sa part que ces résultats, "une forme de surprise", ne remettaient pas "en cause" la procédure de divorce.

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